Les musées de Saint-Omer ont ouvert leurs portes à l’artiste Hervé Robillard. En résidence de création au printemps 2015, il a présenté son cabinet de curiosité, son regard décalé sur les œuvres conservées en réserves et habituellement cachées au regard du visiteur.
A l’issue de la résidence, plusieurs photographies ont été acquises par la ville de Saint-Omer et ont rejoint le fonds du Musée de l’hôtel Sandelin.

Curiosités en éveil...

Hervé Robillard, une vision à l’œuvre

.

> Hervé Robillard, artiste photographe

Originaire du Nord-Pas de Calais, Hervé Robillard est un artiste photographe, qui séjourne depuis 1998 entre la France et l’Asie. Fasciné par ce continent et ses philosophies, il puise notamment son inspiration dans un ouvrage de l’auteur japonais Junichirô Tanizaki intitulé Eloge de l’ombre. Cet essai sur l’esthétique japonaise de la pénombre, en opposition à celle de la clarté occidentale, offre une belle comparaison qui invite à la réflexion.

A travers ses créations photographiques, toujours sous forme de tirages argentiques traditionnels en noir et blanc et dans un format carré, Hervé Robillard transfigure avec poésie les objets en jouant sur la matière et la lumière. Cette réinterprétation, ce regard, que retranscrivent ses photographies, invitent au questionnement, à la  rêverie, au voyage de l’esprit...

Site internet d’Hervé Robillard : www.herverobillard.fr

.

> Le mot de l'artiste

Artiste photographe présent dans plusieurs collections publiques - Musée La Piscine de Roubaix, Musée des Beaux-Arts de Calais, Musée de Boulogne-sur-Mer, Musée Le COMPA de Chartres,  Artothèques de Vitré, Grenoble, La Roche-sur-Yon, BnF Paris, Bibliothèque de Lille - ma recherche s’est fondée sur l’idée récurrente de soumettre à ma perception des curiosités sans cesse différentes en vue de les transfigurer.

Ainsi, je me propose de revisiter une partie des collections des Musées de Saint-Omer afin d’en dégager une vision surprenante.

Il m’appartiendra de cultiver ce décalage entre objet et photographie de l’objet en créant de nouvelles possibilités plastiques susceptibles de  dévoiler d’autres facettes de ces pièces de collection et de les faire basculer dans l’imaginaire.    

Le but de ce projet est bien de considérer la chose en soi - dénuée de son appartenance première à une histoire, à une culture, à une époque - pour l’animer autrement, l’incarner dans un esprit universel et intemporel, en révéler une présence et une force qui l’érige en nouvelle icône : changement de perspective donc pour ouvrir de nouveaux champs de réflexion et de perception et emmener le spectateur pour un autre voyage...

Dans le même esprit, un accrochage à L’École d’Art dévoilera un ensemble de propositions visuelles déjà existantes. Il s’agira cette fois de donner à voir comment fabriquer une image, non pas à partir d’un objet patrimonial, mais plutôt d’un matériau : intervention plastique donc sur la matière dans la lumière et qui se situe en amont d’un processus d’expérimentation dont le but est bien de créer une œuvre photographique.

.

> Les îlots de l'exposition

L’exposition investit plusieurs espaces situés au 1er étage du Musée de l’hôtel Sandelin. Ces derniers forment trois ilots ayant chacun leur propre atmosphère en fonction de l’espace, des couleurs, de la lumière et du positionnement des œuvres.

.

Ilot 1 : Cabinet de curiosités

Dans cette section, Hervé Robillard propose aux visiteurs une réinterprétation de spécimens d’oiseaux naturalisés issus des collections d’histoire naturelle du musée Henri Dupuis. Ses créations photographiques interrogent ici la notion de Curiosité.

Henri Dupuis est un grand collectionneur audomarois du 19e siècle et sa maison, devenue musée, conserve encore aujourd’hui certains agencements tels qu’il les avait conçus, à la manière des cabinets de curiosités de l’époque. L’accumulation y est maître-mot. A la fois fascinant et étourdissant pour Hervé Robillard, ce lieu qui renferme des dizaines de milliers de spécimens organisés et classifiés a su l’inspirer. Loin des considérations scientifiques, il s’est focalisé sur une vision purement plastique et notamment sur la beauté des plumages d’oiseaux. Se concentrant sur leurs poitrines, cette série « renvoie dans le domaine de la mode à une collection de jabots. » Après la douceur des plumages, c’est sur les piquants des oursins ou hérissons de mer qu’Hervé Robillard a posé son regard d’artiste photographe.

En redonnant une certaine liberté à ces animaux, sortis des cabinets, il a pu les observer de tous côtés et se laisser surprendre par une forme de présence. Des métamorphoses ont alors émergé par l’effet d’ombre et de lumière sur les oursins : « la citrouille de Cendrillon, un astéroïde, l’univers mystérieux du masque... »

Hervé Robillard propose donc ici sa vision contemporaine, sa réinterprétation de ces curiosités, qui ont su retenir l’intérêt d’Henri Dupuis au 19e siècle. Une rencontre qui défie les lois du temps...

.

Ilot 2 : céramiques

> Céramiques arrondies japonaises et chinoises

Très inspiré par l’Asie et plus particulièrement par le Japon, Hervé Robillard a exprimé son désir de revisiter des œuvres issues des collections de céramiques japonaises et chinoises du Musée de l’hôtel Sandelin. Ce travail de création a été pensé dans l’idée de « créer au sein même du musée une nouvelle circulation entre Occident et Orient ».

Hervé Robillard entretient des liens très étroits et une fascination certaine pour la culture traditionnelle japonaise. Il puise notamment son inspiration dans la littérature, comme par exemple dans l’ouvrage de l’auteur japonais Junichiro Tanizaki intitulé Eloge de l’ombre. C’est dans cet esprit qu’un atelier éphémère a pris forme au sein du musée. Ce dernier présente un « espace d’ombre », qui s’apparente à l’intérieur traditionnel japonais baigné d’une « lumière naturelle douce et diffuse provenant d’une seule source extérieure ».

Les œuvres sélectionnées sont de tailles diverses mais présentent une similitude : leur forme arrondie. Ces combinaisons de cercles dans un carré, unique format utilisé par l’artiste, créent « une énergie, une force ». De par leur composition et leur agencement entre elles, les photographies qui composent cette série renvoient à un « système cosmique ». Hervé Robillard invite ainsi le visiteur à venir aiguiser sa perception et à « faire vibrer son propre espace intérieur »...

> Saucières japonaises

Dans la suite du parcours céramique, Hervé Robillard propose de réinterpréter un ensemble de saucières japonaises aux formes évasées. Dans son carré noir, ces céramiques se transforment, se réinventent au gré d’une rotation de 90° et de l’incidence qui en découle au niveau de la lumière et des ombres qui viennent les habiller. Un phénomène « d’écriture de lumière » s’opère alors. Vu du haut, différentes formes se détachent et donnent l’illusion d’une autre pièce de céramique.

Afin d’entretenir ce trouble visuel, Hervé Robillard joue à la fois sur la lumière, les ombres, le positionnement des objets, l’agencement des images, mais également sur le format des photographies. Ces dernières sont ici plus réduites afin de jouer sur « la puissance optique du petit format qui s’exerce dès lors que l’on prend de la distance par rapport à cette série ».

L’esthétique de ces images, qui incarnent « la magie d’une écriture de lumière », sème le doute et peut donner l’impression de se trouver face à des photogrammes et non des photographies, à la manière de ceux de Laszlo Moholy-Nagy ou encore des photogenic drawings de William Henry Fox Talbot.

L’ensemble de cette série s’inscrit dans un « univers de signes », où chacun peut laisser s’exprimer son propre imaginaire. Est-ce une saucière ou un œil Oudjat tiré de l’Egypte antique ?

.

Ilot 3 : épées
La collection d’épées du Musée de l’hôtel Sandelin a su retenir l’intérêt d’Hervé Robillard pour diverses raisons. La forme de ces objets d’art rappelle tout d’abord la Croix, qui renvoie au riche passé religieux de Saint-Omer. Elle peut également se décomposer « en sections de lignes courtes, longues et en ronds », qui rendent les possibilités de création encore plus vastes.

La première approche d’Hervé Robillard a été de «ré-animer » ces objets statiques en les déposant selon certains angles dans son carré noir. Les photographies saisies pour cette série reflètent « un mouvement, un jaillissement, une sensation de fulgurance... ».

Dans un second temps, Hervé Robillard s’est intéressé à l’« expressivité » des épées. Pour ce faire, il s’est détaché de la vision globale pour s’intéresser aux détails, en utilisant certaines parties des objets dans un jeu de combinaisons. A travers ces créations émerge alors un nouveau rapport au monde rendu possible par la perception nouvelle issue de la réduction ou de l’augmentation de la taille des objets.

A partir du réel, la démarche d’Hervé Robillard « vise à naviguer dans l’ouvert, condition première pour tenter d’atteindre d’autres rivages. »

.

> Le Musée de l’hôtel Sandelin et l’art contemporain

Depuis les années 1970, l’art contemporain était peu présent dans les collections de l’hôtel Sandelin, or un musée doit témoigner de la création contemporaine et conserver la trace de la créativité du 21e siècle pour la transmettre aux générations futures.

L’art contemporain n’a toutefois pas été exclu de la programmation du musée. En 2012, l’artiste Samuel Buckman a investi les salles et au printemps dernier, un accrochage temporaire réalisé en partenariat avec l’association espace 36 et l’artothèque l’inventaire permettait au public du musée d’emprunter une œuvre contemporaine à l’issue de la visite. Très régulièrement, le musée s’associe avec des acteurs de l’art contemporain, comme l’Ecole d’art de Saint-Omer, pour proposer des visites et des ateliers.

Pour la première fois depuis de nombreuses années, le musée de l’hôtel Sandelin et le musée Henri Dupuis accueillent un artiste en résidence de création et deviennent de véritables fabriques de l’art, supports de la création d’Hervé Robillard. La restitution de cette résidence permettra une confrontation directe des œuvres contemporaine et des objets patrimoniaux qui les ont inspirés. A l’issue de la résidence, plusieurs photographies rejoindront le fonds du musée. Une acquisition qui permettra de poursuivre le travail de médiation mis en place autour de l’art contemporain, mais surtout qui marquera le début d’une ouverture à la création contemporaine.

.

> Les partenaires

Ce projet est réalisé en partenariat entre le Musée de l’hôtel Sandelin et l’école d’art de Saint-Omer.

Logo Ville de saint Omer
Logo Caso
Logo Pas de Calais Département
Logo région Nord Pas de Calais
Logo Interreg
Logo Europe
Logo Région Saint-Omer